Humanisme

Que l’humanisme ait été, dès l’origine, une théologie inversée (mettant l’homme à la place de Dieu), bien des philosophes le rediront, comme Heidegger ou Sartre; ils montreront en particulier comment l’humanisme s’est réapproprié des attributs divins et, parmi eux, le pouvoir de créer, et de “faire qu’un monde existe”. Foucault le répète, la culture nouvelle qui apparaît au XXème siècle a commencé avec Nietzsche, lorsqu’il a montré que la mort de Dieu n’était pas l’apparition mais la disparition de l’homme, que l’homme et Dieu avaient d’étranges rapports de parenté, que Dieu étant mort l’homme n’a pas pu ne pas disparaître en même temps. Cette question de la mort, avec celle de Dieu, d’un certain humanisme occidental (et sa vision traditionnelle d’un sujet centré, intentionnel et conscient) a donc été au cœur de bien des écritures littéraires et philosophiques du XXème siècle. Ce sont ces écritures que je convoquerai brièvement, prenant quelques exemples dans la littérature et la philosophie françaises du XXème siècle, pour montrer comment on ne s’est pas résolu, finalement, à cette disparition de l’homme et comment, au bout du compte, l’exploration constante, méthodique, de l’inhumain a été chez elles une tentative plus ou moins explicite et assumée (souvent moins que plus) de réinscrire l’image de l’homme dans un infini auquel nul penseur ne peut visiblement renoncer. Existe-t-il un infini athée, rigoureusement non théologique, c’est évidemment une vaste question qu’on ne cherchera pas à résoudre ici. Il reste que cette idée que l’inhumain est au cœur même de l’humain, qu’il fait partie de sa définition, de son “essence” même, est en effet, me semble-t-il, une idée-clé de la pensée contemporaine. D’où, par parenthèse, son embarras pour traiter des questions éthiques, à la mesure d’une humanité concrète, réelle, limitée (Derrida finissant par décréter que la justice est “indéconstructible” ou Levinas sombrant finalement dans le Talmud). D’où aussi, sa proximité plus ou moins avouée ou assumée à la mystique. Traiter l’autre de “mystique” était d’ailleurs une critique fréquente (ainsi Sartre vis-à-vis de Bataille) à mesure même d’une projection inconsciente de leurs propres nostalgies d’un infini divin désormais perdu. On a parlé ainsi parfois d’un mysticisme de Blanchot, d’Artaud, de Derrida, de Deleuze, etc. On peut, si l’on y tient, admettre le terme, à condition d’y voir avant tout l’idée de la recherche constante d’une sortie de la finitude de l’humain. Ce qu’ils cherchent tous à inventer ou réinventer, c’est donc une idée de l’inhumanité de l’homme, au sens de la sortie des limites humaines, c’est-à-dire incluant aussi bien la part d’animalité que la part de divin, le risque de la folie, de la démesure, de la barbarie. L’inhumain c’est donc cela: la sortie des limites de la rationalité classique, la volonté d’intégrer ce qui “passe infiniment l’homme”, comme disait Pascal (l’infini) mais aussi ce dont il se croyait irréductiblement séparé, ce à quoi il se pensait définitivement supérieur au sein de la hiérarchie des règnes que la vision classique avait établie: l’animal, la matière, le monde environnant.

La cuisine et moi

Ma chère et tendre a un nouveau surnom pour moi : elle m’appelle son « cauchemar en cuisine ». Il faut dire que je me mets à la cuisine depuis peu, et que je ne suis pas particulièrement adroit en la matière. Mais je ne renonce pas. Dernièrement, j’ai même tenté un cours de cuisine à Paris sur le thème moléculaire. Et si je ne savais pas trop à quoi m’attendre, je dois dire que ça a été une bonne surprise. J’avais pourtant quelques doutes en y allant mais j’ai rapidement pris mes marques une fois sur place : l’ambiance y était franchement bienveillante. Je pensais me retrouver cerné de champions de cuisine sachant déjà tout faire, mais en définitive, il y avait des participants de tous niveaux. Si plusieurs semblaient cuisiner depuis longtemps, d’autres étaient carrément des bleus bites en la matière. Cette différence d’expérience aurait pu être un problème, mais en fin de compte, ça n’a pas été le cas : parce que les cuisiniers chevronnés assistaient les bizuts et leur apprenaient leurs astuces de chefs. Bref, l’ambiance était à l’entraide et à la bienveillance. La gentillesse du chef a sans doute aidé à bâtir cette harmonie : il gambadait de fourneau en fourneau, très enthousiaste, distillant ses conseils, félicitant les experts, encourageant les débutants, et rapprochant les deux. C’était très agréable. Des fois j’avais certes l’impression d’être un môme qu’on félicite pour la sculpture en pâte à sel qu’il a réalisé pour la fête des mères. Mais ça ne me contrariait pas du tout, à vrai dire. Je serais même bien resté plus longtemps ! Bon, pour être honnête, je ne pense pas répéter les plats que j’ai appris dans le cadre de ce cours : ils étaient un peu complexes à faire, et il est hors de question que je me complique la vie, au quotidien. Mais j’ai tout de même intégré quelques techniques dont je me sers presque chaque jour et qui me font salir un peu moins la cuisine. Et ce n’est pas ma femme qui s’en plaindra ! Si vous cherchez à vous perfectionner aux fourneaux, vous devriez vous laisser tenter. Voilà le site par lequel je suis passé pour ce cours de cuisine moléculaire à Paris, si ça vous intéresse.

Honteuse CGT

La CGT Publicis a provoqué un tollé parmi les syndicats de policiers, après avoir qualifié le CRS gravement brûlé de «poulet grillé». Un tweet de la CGT Publicis passe très mal dans les milieux policiers, alors que leur collègue gravement brûlé est toujours traité en chambre stérile à l’hôpital Percy. Le fonctionnaire, issu de la compagnie 51 d’Orléans, souffre de brûlures au troisième degré sur le visage, le cou et les mains après avoir reçu un cocktail Molotov lundi alors qu’il sécurisait la manifestation du 1er mai à Paris. Ce qui a inspiré à la CGT Publicis le commentaire suivant: «On ne parle que du poulet grillé sur les chaînes style BFM mais pas beaucoup de ça…», faisant référence à des accusations de violences policières. «Ces gars de la CGT n’ont rien dans le crâne», s’énerve un collègue du CRS blessé. «Ils sont aussi c*** que les casseurs qu’on avait en face de nous.» Les syndicats de CRS condamnent dans des termes plus policés, mais le fond reste le même: «Ces propos sont tout simplement indécents», réagit Grégory Joron, secrétaire national CRS d’Unité SGP police. «C’est incroyable. On parle quand même d’un père de famille…» Même réaction chez Alliance police. «Ces propos inspirent le dégoût», dit Johann Cavallero, secrétaire national des CRS d’Alliance. «Ils montrent un mépris total envers les forces de l’ordre qui étaient là précisément pour protéger leur cortège. Ils ne valent pas mieux que les casseurs… Surtout que ce n’est pas la première fois qu’ils s’illustrent de la sorte.» En effet, la CGT Publicis n’en n’est pas à sa première provocation. En mai 2016, elle avait diffusé des affiches où des chaussures de policiers piétinaient dans une mare de sang. Cette fois-ci, le tweet incriminé a été vite effacé, mais sans aucune forme d’explication ou de justification. Les syndicats Alliance et SGP ont rapidement interpellé le ministre de l’Intérieur.

Conférence religieuse de Glasgow

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a depuis quelques mois une polémique à propos d’un certain type de maillot de bain : le burkini. Même si la polémique a tiré à soi la couverture médiatique (ou peut-être justement parce qu’elle l’a fait), elle en dit long sur nos politiques et leur champ de vision particulièrement réduit face aux problèmes de société. J’ai pu en parler dernièrement avec des collègues, lors d’un séminaire à Glasgow, et s’il y a évidemment eu certaines divergences sur la polémique elle-même, nous étions tous d’accord pour dire que nos politiques n’en sont pas ressortis. Et ce n’est rien de le dire ! Le pire reste à mon sens celui qui, avec ses rodomontades habituelles, exhorte aujourd’hui à corriger la Constitution pour légiférer sur la taille du maillot de bain. Si le ridicule pouvait tuer, nous aurions un candidat en moins chez les LR. Si l’on commençait à légiférer de tels détails dans la Constitution, je vous laisse imaginer le joug sous lequel nous vivrions… La taille de la biscotte sera-t-elle aussi réglementée ? Et la longueur du pas que le passant doit adopter ? Ce genre de réaction (car cette proposition n’est pas la seule absurde à avoir été proposée) a selon moi mis en lumière la futilité du monde politique. Cela dit, je ne nie pas que le burkini est en soi un problème. Je pense même qu’il constitue un véritable problème. Mais pas en tant que signe ostentatoire d’appartenance à une religion ou toute autre raison absurde. Le problème, c’est que là où il est autorisé, il finit par devenir une obligation sociale. Le cas des plages algériennes est assez significatif, à cet égard. Si l’Etat algérien a voulu que burkini et bikini puissent se cotoyer librement sur les plages, de manière à ce que chacun puisse vivre en paix, force est de constater que c’est le burkini qui grignote lentement la plage, et le maillot plus court qui disparaît, car celles qui le portent se sentent tout simplement trop observées. Mais cette affaire de burkini reste clairement un pétard mouillé au regard du reste. Et l’importance que les politiciens portent à ce détail de l’histoire signale leur incapacité à s’attaquer à la vue d’ensemble. Contre toute attente, j’ai en tout cas bien aimé ce séminaire à Glasgow. Suivez le lien pour plus d’infos.

Le fiasco d’une cellule de déradicalisation

Ce lundi après-midi, la minuscule salle de la 12e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris est beaucoup trop petite pour accueillir les proches des accusateurs de Sonia Imloul ainsi que les curieux qui ont fait le déplacement. Âgée de 43 ans, l’accusée est une ancienne icône de la lutte contre l’endoctrinement sectaire de l’État islamique. Ex-vedette des médias et ancienne protégée du ministère de l’Intérieur, Sonia Imloul, chargée de piloter la première cellule de déradicalisation en France, a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis pour détournement de fonds publics, blanchiment et travail dissimulé. Le procureur avait requis une peine de cent jours-amende à 200 euros, soit 20.000 euros. Il lui était reproché d’avoir employé trois personnes sans leur verser de salaire ni leur fournir de contrats de travail. Et d’avoir détourné 60 000 euros de subventions en falsifiant un RIB au nom de l’association, avant de verser l’argent à sa mère et à son ex-mari. Les parties civiles? Deux anciens collaborateurs qui ont alerté les autorités des dérives de la cellule d’Aulnay-sous-Bois. À commencer par Valérie, une femme énergique et discrète dont la fille est partie en Syrie à l’âge de 16 ans, sur les pas d’un jeune homme fiché S. Une femme à l’histoire personnelle brisée. Autre accusateur, Julien Revial, ancien étudiant à l’époque des faits, aussi arrogant et verbeux que la mère de la radicalisée est mesurée et digne. Pilonné par l’avocate de la défense, Jacqueline Laffont, son interrogatoire à la barre restera un moment de grande solitude. Peu inspiré ce lundi – le jeune homme lâche avec suffisance à la cour qu’il a mis un terme à ses études car le droit le barbait -

Telle est la question

Être ou ne pas être ? Telle était la question. Pour ma part, la question qui se pose aujourd’hui serait plutôt : être ou avoir ?

Être semble a priori plus important qu’avoir. Pourtant, c’est cette seconde solution que notre société promeut, et cette solution qui domine dans l’esprit de pas mal de gens. Les grandes surfaces, les soldes, les publicités, la société de consommation résout la question de l’être par la possession : l’on est ce que l’on possède ; il faut donc posséder beaucoup pour être quelqu’un.

L’équation est à l’évidence tordue, alors pourquoi les gens y adhèrent-ils à ce point ? Peut-être parce qu’ils ont grandi dans un monde où la publicité a fait son travail de propagande, a systématiquement lié l’être à l’avoir. Ou peut-être aussi parce qu’il est plus facile de vouloir un objet que de chercher à découvrir qui l’on est. La possession matérielle est infiniment plus facile que la réflexion.

Descartes a dit un jour : je pense, donc je suis. Et non pas : j’ai, donc je suis. Et nombre de nos problèmes actuels découlent en fait de ce glissement. C’est pour avoir plus que Trump ne se soucie pas d’écologie. A preuve : il considère que le changement climatique est en fait une invention des chinois pour nuire à l’économie américaine ; c’est un concept créé pour qu’ils gagnent moins !

Et l’on retrouve cette pensée partout. C’est pour avoir plus que les anglais ont décidé de se couper de l’Europe. C’est pour avoir plus que les français choisissent le Front National (ce qui est, soit dit en passant, une bonne blague : aucun autre parti ne vit à ce point en parasite ; à part Fillon, comme l’ont montré les derniers mois). C’est pour avoir plus que tous les pays se replient et cèdent aux sirènes du populisme.

Bien sûr, il y a la question de l’identité nationale, de l’être, qui joue aussi un rôle ; mais elle n’est que secondaire. Lorsqu’on interroge les gens sur ce qui les pousse à voter pour Trump, pour le Brexit ou pour le FN, c’est toujours le même argument qui revient en premier : “les immigrés nous volent nos emplois”. La question de l’être ne vient que bien après.

Sur ce blog, j’aimerais revenir sur l’actualité française et internationale, mais en mettant davantage l’accent sur l’être que sur l’avoir. Dans la société actuelle, ça ne peut pas faire de mal. Au mieux, ça peut être mal perçu, et tourné en dérision. Curieusement, les “ayants” ont toujours regardé avec condescendance les “étants”. Allez comprendre…


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